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Les lieux n'étaient pas pour autant à l'abri de menus avatars. Le terrain, aujourd'hui bâti, à l'angle du chemin du Puits et de la rue Engeland, abritait régulièrement de vieilles roulottes de forains et du matériel divers. Leurs propriétaires, des ferrailleurs plus ou moins nomades apparentés à l'occupante d'une maisonnette vétuste plus bas dans la rue, hantaient régulièrement les lieux, installaient leurs caravanes le long du chemin du Puits (qui était alors accessible aux voitures sur tout son parcours), allaient dans le bois dépiauter de vieilles carcasses. Il valait mieux les éviter, ne surtout pas leur faire de remarques sur l'état des lieux après leur départ. La police connaissait bien ce "clan" de sinistre réputation, coutumier de règlements de compte. Il n'y a pas si longtemps qu'un soir des coups de feu claquèrent au départ d'une voiture contre un baraquement de bois situé en arrière de la maisonnette susdite, des balles sifflèrent aux oreilles des occupants. Plus tard le baraquement devait complètement brûler, tout le monde s'en souvient encore...


Une nuit, un crépitement sinistre nous réveilla. Des lueurs dansaient en face de chez nous à travers le feuillage des arbres. Un autre riverain, plus vite éveillé, avait déjà alerté les pompiers. A leur arrivée, une caravane achevait de se consumer. Il n'en restait rien. Le bois alentour avait miraculeusement été épargné. Aussi longtemps qu'il resta accessible aux voitures, on y découvrit tantôt un véhicule volé, tantôt des dépôts sauvages de fonds de grenier, des lots de vieux vêtements…Heureusement, ce coin assez perdu d'Uccle bénéficia progressivement d'un contrôle social de fait de la part de ses riverains. Aujourd'hui, malgré le nombre sans cesse croissant de promeneurs (y compris les marcheurs de l'Adeps), les lieux restent assez propres, signe peut-être d'une conscience environnementale grandissante. Heureux effet aussi, sans doute, de la fermeture d'une partie du chemin du Puits à la circulation automobile.


Un jour, en 1995, nous vîmes un détachement de gendarmes, avec chevaux et petits camions, descendre la rue... et réapparaître chemin du Puits d'où ils s'enfoncèrent dans le bois. Ma curiosité piquée au vif, je passai la laisse à mon chien, un magnifique et pacifique golden retriever prénommé Socrate, et partis à la recherche de "mes" gendarmes. Je les découvris dans la première petite clairière, leurs chevaux disposés en cercle comme dans un western. Ces jeunes gens préparaient leur barbecue dans une bonne humeur générale ... qui faillit se muer en une vilaine fâcherie quand Socrate, attiré par un irrésistible fumet, approcha son museau d'une côtelette et faillit l'engloutir. Je dus tirer fort sur la laisse et filai prudemment laissant cette joyeuse compagnie à ses manœuvres gastronomiques.


Propos de Francis WILKIN


Un autre habitant du quartier Engeland exhume ses souvenirs...

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Le Plateau Engeland en 1984: la modestie du couvert végétal permet encore d'apercevoir le paysage urbain. Photo de A. JOUKOFF.