Mobilisation générale au Plateau Engeland
La demande de permis de lotir n° 476 de 401 logements sur le site naturel du Plateau Engeland a créé l’émoi dans le quartier. Rapidement, une poignée d’habitants se sont réunis en comité de quartier pour étudier la complexité du dossier et défendre leurs intérêts mais surtout les intérêts de tous les Bruxellois.
En effet le Plateau Engeland, site naturel particulier et remarquable de 11ha, s’inscrit dans un enchaînement exceptionnel d’espaces verts protégés qui constituent un maillage vert unique en Région de Bruxelles Capitale.
Le gigantisme du projet soumis trahissait son mercantilisme.
- Densité excessive des logements. 53 maisons, 348 appartements répartis sur 17 immeubles de 3 à 5 niveaux sur une superficie constructible de 6ha47, les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils sont énormes par rapport à l’habitat voisin.
- Gabarit. Les immeubles à appartements n’existent pas dans l’îlot voisin qui ne compte que des maisons uni familiales de maximum deux étages. Ces immeubles à appartements vont créer un conflit de gabarit avec les maisons voisines et démolir l’aspect paysager des rue Engeland et chemin du Puits que le PRAS lui-même recommande de protéger et de renforcer.
- Mobilité. Ces logements vont générer environ 1000 véhicules supplémentaires si on tient compte de l’autre projet de lotissement de 92 logements proposé à 500 m de là, sur l’angle de la rue Engeland et de l’avenue Dolez. Ce quartier n’est pas du tout aménagé pour absorber autant de véhicules car il est enclavé entre des rues étroites, anciennes et à sens unique et limité d’accès par deux ponts SNCB étroits et à voie unique. Le quartier est actuellement très mal desservi en transports en commun, ce qui encouragera les habitants à utiliser la voiture et engendrera nuisances, pollution et risques d’accidents supplémentaires.
- Egouttage et ruissellement des eaux. La minéralisation du sol va engendrer un ruissellement qui actuellement est absorbé par la surface naturelle boisée. Comme le Plateau Engeland est en surplomb de la réserve naturelle humide du Kinsendael et comme une partie des eaux de ruissellement seront déversées dans le Kinsenbeek qui alimente la réserve humide du Kinsendael, il existe donc une menace non négligeable de pollution pour cette réserve fragile qui est un des joyau du patrimoine vert de Bruxelles.
- Arbres, Zone verte de haute valeur biologique. Le Plateau Engeland est un site naturel boisé par de nombreuses essences diverses et notamment du cerisier de Schaerbeek qui sert à la fabrication de la Kriek. Or le promoteur ne préserve aucun arbre existant, il éradique tous les arbres alors que le maintien d’un maximum d’arbres existants est indispensable pour permettre le passage et la survie des espèces. La zone constructible de 401 logements jouxte la zone verte de haute valeur biologique prévue au PRAS. Il ne faut pas être un expert pour comprendre que la présence de 1200 habitants supplémentaires et une zone de réserve de haute valeur biologique ne sont pas compatibles.
- Promenade verte. L’habitat proposé ne permet pas la création de la promenade verte prévue au PRD à cet endroit, ni comment elle pourrait s’intégrer entre des fronts bâtis de chaque côté du chemin du Puits.
- Maillage vert et zone « Natura 2000 ». Le Plateau Engeland par la zone verte de haute valeur biologique fait partie d’un ensemble (allant du Kinsendael au bois de Verrewinckel en passant par le Kauwberg et le parc Fond’Roy) qui a été proposé par la Région comme site Natura 2000 en application de la directive européenne qui vise à protéger les milieux et les espèces les plus menacés. Un plan régional tisse la toile de Bruxelles en vert et en bleu. Le site du Plateau Engeland est un maillon de ce maillage vert. Le réseau de continuité verte remplit un rôle important , il permet la dispersion et le déplacement des espèces et le maintien de la biodiversité. Amputer un maillon provoquera une cassure dans ce maillage vert.
Certes la ville a besoin de logements , mais surtout de logements accessibles aux revenus modestes et moyens, mais pour cela faut-il démolir nos espaces naturels, craindre pour les réserves fragiles et protégées voisines, éradiquer tous les arbres existants d’un site boisé, construire des immeubles et minéraliser au risque de provoquer des problèmes d’égouttage, détruire la biodiversité d’un site remarquable pour la nature, nous ne le pensons pas.
En ville, les espaces naturels sont rares, ils font partie de notre patrimoine au même titre que les richesses architecturales de la ville. Mais surtout, ils sont l’élément régulateur le plus important de l’écosystème urbain ; ils atténuent les effets de la pollution, ils réduisent les nuisances sonores, ils absorbent le CO2, ils forment des surfaces importantes d’évaporation et d’infiltration des eaux de ruissellement, ils jouent un rôle de tampon climatique et contribuent à la ventilation de la ville.
Les espaces naturels où la nature peut évoluer spontanément conservent la diversité biologique, c’est un devoir pour nous de les préserver pour les transmettre aux générations futures.
Thérèse Verteneuil pour le Comité Plateau Engeland/Puits.
