Le Plateau Engeland: cordon ombilical entre les zones spéciales de conservation de la biodiversité



Le Plateau Engeland pourra-t-il conserver son rôle écologique fondamental de liaison vitale après son importante urbanisation ?Rien n’est moins sûr !

« Le site du Engeland joue un rôle de couloir et de relais entre l’ensemble Kinsendael-Kriekenput-Herdies-Papenkasteel et les sites qui y sont associés d’une part et le bois de Verrewinkel, vallon de Buysdelle et Latour de Frein d’autre part…Par la présence des vestiges de prairies maigres, il assure un certain lien et une complémentarité avec les milieux ouverts des anciennes sablières aux abords de la rue Engeland, avec ceux du Kauwberg et avec ceux du domaine de l’Institut Pasteur. »
« Pour la bonne conservation des milieux forestiers plus ou moins vieillis, des milieux ouverts et des zones humides observés sur les sites Natura 2000, il est primordial de trouver des sites relais entre-eux. Ceux-ci pourront assurer une mobilité des espèces, accroître la superficie des milieux pour assurer un meilleur développement et éviter la consanguinité. »

Ainsi donc, l’étude d’incidences a mis en évidence ce rôle primordial de corridor écologique du Plateau Engeland dans le maillage vert et les zones Natura 2000.

Pour être efficace écologiquement, les zones de relais doivent être d’autant plus importantes que les zones noyaux sont de petites dimensions. Ce qui est bien le cas pour le Kinsendael et le bois de Verrewinkel.
C’est bien sûr l’ensemble du Plateau Engeland qui remplit aujourd’hui cette fonction, depuis la ligne de chemin de fer n°26 jusqu’à l’avenue Dolez, y compris les zones semi-naturelles, aujourd’hui boisées, qui sont reprises au PRAS en Zones constructibles. Un coup d’œil sur la carte d’évaluation biologique (figure n° 1) et la comparaison avec celle des zones vertes de haute valeur biologique inscrites au PRAS et devenues également Zones Spéciales de Conservation Natura 2000 (figure N°2) permet d’évaluer la perte d’espaces semi-naturels effectives. Il est regrettable que le PRAS n’ait pas suivi la carte d’évaluation biologique pour fixer les zones constructibles !

C’est une des raisons qui a motivé la Commission Royale des Monuments et Sites (CRMS) à donner un avis favorable sur la demande de classement du Plateau Engeland introduite par l’asbl SOS Kauwberg.

La CRMS estime que : « le Plateau Engeland assure la continuité écologique indispensable entre les habitats de première importance que sont le Kinsendael-Kriekenput et le bois de Verrewinkel. Le Plateau Engeland et la réserve naturelle humide d’intérêt majeur du Kinsendael sont solidaires et interdépendants au plan écologique et au plan hydrologique, car la zone humide est conditionnée par la source d’approvisionnement en eau située en amont sur le Plateau Engeland. »

La CRMS a donc recommandé de classer : la zone verte de haute valeur biologique (ZVHVB) telle que délimitée au PRAS (1), l’ensemble de la zone d’équipement d’intérêt collectif correspondant au domaine de l’Institut Pasteur à l’exclusion de sa partie déjà construite et des parkings (2) et une bande de terrain de 20 m de largeur soustraite à la zone constructible du PRAS le long de la ZVHVB (3) - voir carte figure n° 3. Cette proposition renforce considérablement la superficie protégée de relais écologique du Plateau Engeland par la préservation des zones de bocages qui entourent les bâtiments de l’Institut Pasteur.

Rappelons que, le 22 février 2006, la commission de concertation s’est penchée pour la troisième fois sur le projet de lotissement de 298 logements sur le Plateau Engeland et sur l’étude d’incidences qui s’y rapporte.
La commission de concertation, qui avait pourtant demandé expressément l’avis de la CRMS, a émis un avis favorable assorti de nombreuses conditions mais qui restent bien en deçà des sages et prudentes recommandations de la CRMS en ce qui concerne le projet de lotissement.

1° La CRMS propose «  le classement d’une bande de terrain de 20 m de largeur soustraite à la zone constructible selon un périmètre qui permettra de garantir des conditions de conservation adéquates à la zone verte de haute valeur biologique. Elle sera gérée comme lisière, c’est-à-dire comme limite progressive au sens écologique de l’expression, entre la forêt dense et continue et les milieux ouverts constitués par l’espace horticole (cour et jardins.) Une zone minimale de 7 m de tampon urbanistique doit encore la séparer des constructions ».
Tandis que la commission de concertation demande une zone de transition de 25 m minimum hors sol entre les façades et la limite de la ZVHVB. Elle réduit la zone tampon à 5 m, mais ne parle plus de zone écologique de protection, ni de gestion écologique dynamique sous forme de lisière qui serait assurée par le gestionnaire de la ZVHVB. Elle précise seulement que : «  du côté de la ZVHVB, au- delà de la zone de terrasse, une zone de 4 m de profondeur maximum est destinée aux aménagements et modifications de relief visant à ragréer le niveau du relief. » Il n’y a pas de précision sur la manière dont seraient traités les 21 m restants, ni par qui, ni de place ni de hauteur de clôture. Pourtant le chargé d’étude d’incidences avait fortement insisté sur la hauteur et la place de cette clôture entre la lisière et les jardins pour diminuer l’incidence de la pression humaine sur la flore et la faune.

En limitant la zone de transition de 25 m entre les façades et la zone verte, la commission de concertation prive toute une partie de la ZVHVB de protection, celle qui longe la voirie principale du lotissement à sa sortie avenue de l’Hélianthe.

En effet la voirie n’est pas un bâti « avec façade »! Pourtant la CRMS a été très claire, elle demande le classement d’une zone de lisière écologique de protection, (avec carte en annexe (fig n°3), tout le long de la ZVHVB. Il n’y a d’ailleurs aucune motivation pour accorder la protection à une partie de la ZVHVB et pas à toute la zone. De surcroît, la ZVHVB à cet endroit est constituée d’un « pré-bois », évolution naturelle des anciennes prairies, de qualité esthétique remarquable qui aux dires du chargé d’étude d’incidences est extrêmement rare en Région bruxelloise. La sauvegarde écologique d’une superficie semi-naturelle de superficie aussi réduite n’est envisageable que sous l’angle d’un périmètre de protection efficace et par l’éloignement maximum de toutes sources de pollution tant sonores, que lumineuses ou que chimiques.

Ainsi le maintien de l’accès au lotissement par l’avenue de l’Hélianthe va obliger d’aménager le carrefour Engeland Homborchveld et la rue Engeland à forte pente, jugés dangereux dans l’étude d’incidence. L’accroissement très important du trafic le matin par l’avenue de l’Hélianthe ne sera pas supprimé. La quiétude et la sécurité du chemin du Puits, également promenade verte cycliste, seront perturbés par la création d’un carrefour relativement important. La contamination du bord de route par les projections polluantes des voitures en cas de pluie vers la ZVHVB est malheureusement à craindre sans la protection de la lisière écologique à cet endroit.
Il est donc regrettable que la commission de concertation n’ait pas suivi la demande des riverains qui répondait, d’ailleurs, à l’un des objectifs du plan de mobilité, de sécuriser les quartiers et de réduire le trafic automobile de transit. La solution hybride proposée en matière de mobilité de scinder le trafic de la voirie centrale en deux clos séparés de part et d’autre de la place publique P 5 va partager le trafic mais ne va pas, hélas, le canaliser loin de la zone verte de haute valeur biologique à protéger impérativement de la pollution et du bruit.

2° La CRMS préconise « de revoir le plan de lotissement en diminuant de manière significative la densité du lotissement projeté, en particulier aux abords de la ZVHVB."Elle estime que : « Les propositions effectuées pour la zone située entre la voirie principale et la ZVHVB sont incompatibles avec les conditions requises pour garantir la conservation de la ZVHVB ». Elle préconise pour toute cette zone des gabarits et un P/S inférieur à ceux de la zone jouxtant l’urbanisation existante, de manière à opérer une réelle transition entre les quartiers urbanisés et la ZVHVB.

La suppression de deux immeubles (36 logements) et la diminution d’un étage pour deux immeubles jouxtant directement la ZVHVB ne sera pas suffisante pour satisfaire l’exigence écologique d’une réelle transition entre les quartiers urbanisés et la zone verte protégée. Les chiffres parlent d’eux mêmes et montrent l’effet inverse : la zone comprise entre la ZVHVB et la voirie pour laquelle la CRMS recommande une réduction de la densité de logements inférieure à l’autre partie du lotissement, compte 178 logements (15 maisons et 163 appartements.) L’autre partie compte 84 logements (48 maisons et 36 appartements.)

3° La CRMS a estimé que les solutions proposées par le promoteur pour résoudre le déficit de la nappe phréatique engendré par le lotissement sont toutes théoriques. La mise en œuvre correcte, l’efficacité, la gestion adéquate et la durabilité dans le temps des systèmes de récupération et de « reinfiltration » des eaux pluviales provenant des surfaces imperméables ne sont nullement garanties. La CRMS a estimé que le principe de précaution devait s’imposer en ce qui concerne la gestion des eaux et leurs conséquences sur la réserve naturelle du Kinsendael.

La commission de concertation, elle-même, a aussi estimé que la demande amendée est imprécise, incomplète, voire incohérente sur le plan de la gestion des eaux. Elle demande une meilleure intégration du lagunage dans le paysage et un éloignement par rapport au bâti.

La gestion et la maintenance du système de lagunage, confiée à la charge de la copropriété du lotissement sera-t-elle le gage d’un bon fonctionnement ? Rien ne le laisse présager, en cas de dégâts ou de disfonctionnement, qui serait rendu responsable ?. De même, le report du choix et du contrôle des systèmes d’infiltration à un stade ultérieur lors des permis d’urbanisme, selon l’avis de la commission de concertation, ne fait que reporter le problème dans le temps sans apporter de solution fiable et durable au déficit de la nappe phréatique qui ne l’oublions pas alimente la réserve naturelle humide, à habitat prioritaire Natura 2000, du Kinsendael. Ne serait-il pas impératif de connaître le choix des systèmes, les plans d’implantation, les calculs précis du fonctionnement et les systèmes de maintenance et leurs responsables avant toute délivrance de permis de lotir ?

Croire que ce projet de lotissement apportera une offre en logements moyens n’est que leurre et poudre aux yeux pour les responsables communaux et régionaux. Chacun sait en effet qu’à Uccle le logement moyen est réservé à ceux qui en ont les moyens !

Ainsi donc ne pas suivre les recommandations judicieuses de la CRMS, en matière de densité, de lisière de protection et de gestion des eaux laisse la porte ouverte à l’octroi d’un permis de lotir qui de toute évidence mettra en péril la survie biologique du Plateau Engeland et le maintien dans un état de conservation favorable des sites d’importance majeure qui en sont dépendants tel le Kinsendael.

Thérèse Verteneuil pour le Comité Plateau Engeland/Puits.

Atelier 50, étude d’incidences, B4, 19.
Atelier 50, étude d’incidences, B4, 25.
PRAS : Plan Régional d’affectation du sol.