Le Plateau Engeland, un bassin d’orage naturel sous la loupe...
L’étude d’incidences pour circonstances exceptionnelles est en cours !
L’action des habitants, des comités de quartier Plateau Engeland et Engeland/Dolez, de l’ACQU et des groupements de défense de la nature( Bruxelles nature, SOS Kauwberg, LAK, Aves…) a permis d’obtenir l’accord du gouvernement bruxellois sortant sur l’élaboration d’une étude d’incidences. Le gouvernement a reconnu les circonstances exceptionnelles face au projet de lotissement « Engeland » et aux menaces qu’il fait peser sur les sites naturels voisins protégés. C’est une victoire pour la société civile, les autorités politiques ont finalement pris conscience de l’importance de la mobilisation citoyenne et le principe de précaution a prévalu.
Contrairement au rapport d’incidences qui est réalisé par l’auteur du projet de lotissement, l’étude d’incidences doit faire appel à un bureau d’étude indépendant « contrôlé » par le comité d’accompagnement. Des spécialistes sérieux, (hydrogéologue, docteur en sciences, botaniste) du bureau d’études « Atelier 50 », chargé de l’étude, sont venus spontanément informer les habitants et le comité de quartier du démarrage de leurs travaux.
L’étude hydrogéologique du sol, du sous-sol et des eaux de ruissellement est en cours d’élaboration. Depuis fin octobre 2004, des engins de sondage sont installés dans les bois du Plateau Engeland. En effet, le cahier des charges exige d’étudier l’influence du projet sur le régime des sources qui alimentent notamment la réserve du Kinsendael.
L’ensemble du Plateau Engeland est formé d’une épaisse couche de sable perméable qui joue un rôle d’éponge filtrante. Les eaux sont recueillies sur une couche d’argile imperméable où coule la nappe aquifère que l’on peut voir affleurer aux sources du chemin du Puits. La source du Puits qui est le point de convergence entre les eaux d’écoulement souterraines et de surface sera le point de débit de référence des mesures. Des variations saisonnières vont rentrer dans le bilan hydrique au moyen de données pluviométriques et « piézométriques » mesurées sur le terrain pendant une période de trois mois.
Pour permettre la localisation de la nappe et du sens de l’écoulement, des forages seront effectués à 30 et 50 mètres de profondeur dans les couches de sable. Quatre piézomètres¹ et un puits central seront installés pour étudier le sens de l’écoulement de la nappe. Les paramètres hydrodynamiques de la nappe et la capacité du sol à emmagasiner l’eau seront mesurés par une pompe dans la nappe et par des piézomètres placés à 10 et 12 mètres de distance.
L’inclinaison topographique du Plateau selon une pente appréciable vers le Kinsendael démontre que l’existence même de ces zones humides protégées est conditionnée d’une part par les eaux de ruissellement en surface et d’autre part par l’écoulement de la nappe phréatique en profondeur, ce qui explique l’importance des travaux de sondage entrepris.
Si la pénétration des eaux devait diminuer suite à la minéralisation du terrain, le ruissellement le long des pentes augmenterait avec des risques d’inondations supplémentaires dans les vallées qui sont déjà à saturation en cas de fortes pluies. Nous avons pu le constater lors des récentes inondations chaussée de Saint Job et de Waterloo.
Il faut savoir que si 1 m2 d’écoulement de toiture est redistribué dans le sol il correspond à 4 m2 d’écoulement sur un sol planté naturellement. La végétation, la couronne des arbres, surtout en été, absorbe une grande part des eaux de pluie et une partie seulement retombe sur le sol.
Il est par conséquent évident que le Plateau Engeland boisé et topographiquement dominant joue un rôle de réservoir naturel et de tampon régulateur des eaux.
Une autre mission de l’étude consiste à déterminer l’impact au niveau de la nappe phréatique. Si le lotissement en minéralisant le sol modifiait la consistance de la couche de sable, il pourrait y avoir un impact sur le niveau de la nappe qui pourrait provoquer un tassement et causer un problème de stabilité. Comme le terrain sableux est fortement compressible le rabattement du niveau de l’eau pourrait entraîner un double tassement du site.
Référons-nous à la vision de Paul Duvignaud qui en précurseur avait compris toute l’importance du rôle que jouent les espaces naturels qui constituent l’élément régulateur fondamental dans « l’écosystème urbain ». En effet, ils atténuent les effets de la pollution, ils jouent un rôle climatique régulateur, ils contribuent à la ventilation de la ville et à la régénération de l’air que nous respirons et finalement ils constituent des surfaces importantes d’évaporation et d’infiltration pour les eaux.
Rappelons enfin que le Plateau Engeland a été reconnu de haute et très haute valeur biologique sur la carte d’évaluation biologique établie par l’IBGE et qu’il fait partie comme le Kinsendael, le Kauwberg ou le bois de Verrewinkel des zones spéciales de conservation de la biodiversité Natura 2000. La Directive européenne 92/43, dite « directive Habitat », recommande aux Etats de protéger et de conserver ces sites, c’est-à-dire d’assurer le maintien voire le rétablissement dans un état de conservation favorable des types d’habitats naturels protégés. Cette directive impose aux Etats une obligation de résultat et interdit les actes qui pourraient détériorer ou perturber de manière significative les habitats ou espèces protégés.
L’une des plus sérieuses menaces qui pèse sur la biodiversité est la fragmentation des écosystèmes, surtout en ville lorsque l’urbanisation remplace de larges parties de l'écosystème naturel. Les communautés appauvries ne sont ni prévisibles ni stables et une plus grande diversité est une sorte d’assurance biologique.
Le réchauffement climatique est à notre porte. Il aura des conséquences sur les conditions de vie des espèces vivantes dont nous faisons partie, il modifiera le régime des eaux, nous devons en tenir compte dès maintenant.
Thérèse Verteneuil pour le Comité Plateau Engeland/Puits.
¹ piézomètre : instrument servant à mesurer la compressibilité des liquides.
