La Commission de concertation d’Uccle examine pour la troisième fois
le projet de lotissement sur le Plateau Engeland
le projet de lotissement sur le Plateau Engeland
Le Comité de quartier Plateau Engeland juge sévèrement et rejette en majeure partie l’étude d’incidences réalisée par l’Atelier 50 et qu’il juge orientée.
Un public nombreux s’est rendu ce 11 janvier 2006 au centre culturel d’Uccle où, exceptionnellement, avait lieu cette commission de concertation. Pas loin de 5 heures de débats sur l’étude d’incidences et le projet de lotissement de 298 logements sur le Plateau Engeland !
Rappelons que la dernière séance de la Commission de concertation du printemps 2004 à ce sujet avait demandé la réalisation d’une étude d’incidences pour « circonstances exceptionnelles ». L’impact d’un tel projet, notamment en matière de mobilité, de gestion des eaux et de protection des sites « Natura 2000 » justifiait, en effet, cette demande. Le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale avait suivi cet avis et réclamé cette étude d’incidences à charge du promoteur.
Après plus d’une année de travail et de recherches, le bureau « Atelier 50 » a rentré sa copie. Celle-ci a été confrontée à l’avis du public entre le 26 novembre et le 25 décembre 2005, en même temps que le projet de lotissement amendé.
Pas de vacances de fin d’année donc pour le Comité de quartier Plateau Engeland, qui avait un mois pour lire et étudier cette volumineuse étude d’incidences de plus de 1300 pages, et pour préparer ses remarques sur le projet amendé, à l’attention de la commission de concertation organisée quinze jours plus tard.
Le travail de l’Atelier 50 ressemble plus à une recherche visant à rendre effectivement possible la construction de 298 logements sur ce site, qu’à une réelle étude d’incidences. En effet, il est regrettable que le Comité d’accompagnement n’ait pas recommandé au Bureau d’études de développer l’examen de réelles alternatives en matière de densité, de réduction du nombre de logements ou de choix du bâti, sujets qui auraient pu avoir des incidences moins dommageables pour l’environnement.
Le travail de ce Bureau s’est focalisé sur la possibilité de construire des logements et sur le seuil de rentabilité de 298 logements exigé par le promoteur, au détriment de l’aspect environnemental et de la viabilité écologique du maillage vert ucclois. Pourtant, la situation géographique du Plateau Engeland occupe une position centrale par rapport, d’une part, aux zones humides du Kinsendael et, d’autre part, au bois de Verrewinckel et à la vallée de Buysdelle. C’est l’ensemble du Plateau Engeland qui joue aujourd’hui le rôle de relais écologique indispensable à la survie des zones-noyaux de conservation de la biodiversité. Cet aspect écologique du Plateau Engeland n’a pas été suffisamment mis en évidence dans cette vaste étude, alors que le PRAS
lui-même (Plan Régional d’Affectation du Sol) recommande d’étudier la zone en fonction des qualités biologiques du couvert végétal.
Le Plateau Engeland, en raison de sa position topographiquement dominante, constitue un grand bassin d’orage naturel qui,
par son épaisse couche de sable, absorbe et redistribue les eaux de pluie par la nappe phréatique sous forme de sources en
aval vers les zones humides du Kinsendael. Cette réserve naturelle humide est donc directement dépendante de la qualité et de la quantité des eaux infiltrées sur le Plateau. Pour être efficace, le système d’infiltration des eaux de ruissellement proposé dans le projet amendé doit donc être étudié de manière très précise et rigoureuse. Or, des spécialistes en hydro-géologie ont estimé que les méthodes de forage utilisées par le Bureau d’étude sont sujettes à erreurs et ne sont pas fiables. Si, pour une étude sommaire, ces précisions ne sont pas importantes, il n’en est pas de même pour le projet qui nous préoccupe. Il est ici indispensable d’avoir des « carottages » précis de toute la stratigraphie pour pouvoir implanter valablement les systèmes d’infiltration et les lagunes de stockage des eaux de ruissellement des voiries.
Par ailleurs, le procédé de lagunage proposé ne peut avoir de succès que s’il est construit sur du sable grossier ou des moraines très perméables, et surtout s’il est entretenu très régulièrement. Or, le projet ne prévoit aucune maintenance du système et ne présente aucun calcul précis des superficies de lagunage nécessaires par rapport aux surfaces de récolte des eaux de pluie.
La création d’une zone de lisière écologique dynamique de minimum 20 mètres pour protéger la zone de haute valeur biologique, reconnue zone spéciale de conservation « Natura 2000 », perd toute sa valeur, puisque, de manière incongrue, le projet la place dans la zone verte protégée et ampute donc cette dernière d’une superficie importante au lieu de la préserver. D’autre part, le rehaussement à 2 mètres de haut de la clôture de protection de la zone verte de haute valeur biologique et la limitation des passages piétonniers ne vont pas permettre de réduire l’impact de la venue d’au moins 1000 habitants supplémentaires en bordure des zones protégées.
En matière de mobilité également, le projet ne tient pas compte des objectifs du futur Plan communal de mobilité. Il est indéniable que les centaines de voitures supplémentaires engendrées par tous les projets urbanistiques cumulés des alentours vont exercer une pression énorme et accroître les difficultés déjà présentes aux heures de pointe sur les axes de circulation. Aucune solution à ce problème n’a été présentée par le promoteur.
Plus de 120 recommandations ont été formulées dans l’étude et pourtant très peu furent suivies dans le projet amendé.
Celui-ci, semblable à celui présenté en 2004, est quasi une copie conforme : 1) toujours 298 logements, 2) quelques arbres existants seraient maintenus, 3) les eaux de ruissellement des toitures et des voiries seraient infiltrées dans le sol et stockées via un système de lagunage. Mais surtout, ce projet est très imprécis en matière de gestion des eaux et de gabarits. Il présente des contradictions en matière de nombre d’emplacements de parking supplémentaires. Il est incomplet sur le plan urbanistique, notamment en matière de mouvements des reliefs du terrain et des déblais ou remblais qui en résulteraient.
Ces constatations n’ont pas échappé aux membres de la commission de concertation du 11 janvier. Ceux-ci ont estimé que : « l’analyse des documents présentés dans le projet révèle des incohérences, des imprécisions et un manque de coordination entre les différents aspects de la demande.» Avant de se prononcer, ils ont réclamé au promoteur une série d’informations
et de plans complémentaires. Et surtout, ils demandent l’avis de la Commission royale des monuments et des sites, étant
donné l’impact négatif que le projet pourrait avoir sur les sites classés.
Thérèse Verteneuil pour le Comité Plateau Engeland/Puits.
