Plateau Engeland – Pour une « nature admise » ou saccagée!
La société les Course SA, lance son projet de lotissement pour la seconde fois. Il s’intitule « La Charmeraie » un lotissement nature admise !
Une nouvelle enquête publique a été lancée du 16 octobre au 15 novembre 2006 pour une demande de permis de lotir de 87 logements (24 maisons et 63 appartements) sur le terrain situé à l’angle de la rue Engeland et de l’avenue Dolez. Ce terrain est occupé actuellement par un champ cultivé cerné de bocages.
Le terrain qui fait l’objet de la demande jouxte et fait partie, pour une petite superficie, de la zone verte de haute valeur biologique du PRAS, également zone spéciale de conservation de la biodiversité Natura 2000. L’auteur du projet promeut des mesures palliatives aux incidences prévisibles d’un lotissement comprenant probablement au moins 300 nouveaux habitants et peut-être pas loin de 150 véhicules supplémentaires. Le plan paysager propose de conserver l’allée de charmes qui traverse le terrain et les haies bocagères qui le bornent le long de la rue Engeland et de l’avenue Dolez. Un piétonnier permettra de traverser le lotissement pour rejoindre la rue Engeland. Sur le fond du terrain, inscrit au PRAS en Zone verte de haute valeur biologique, le long de l’Institut pasteur, une gestion écologique comprendra à terme bois, buissons et prairie de fauche.
Toutefois, pour permettre les accès carrossables, le plan du lotissement, par la percée de deux voiries, va couper cette haie bocagère sur 47 mètres avenue Dolez et sur 40 mètres rue Engeland. De plus la zone de recul entre la zone verte est à peine de 8 mètres, même pas sur tout le pourtour de la zone, et des constructions en sous –sols y sont possibles.
Des contradictions existent entre le plan paysager qui recommande une approche de conservation et d’accroissement de la nature et le plan de lotissement lui-même. Ce dernier par l’ampleur des zones de bâtisses et carrossables, par le nombre de logements proposés et la typologie des immeubles à appartements de 14 ou 21 logements, parking en sous-sols et importante zone carrossable de parking à l’air libre, s’éloigne fortement de la typologie du vieux village de Verrewinkel, qui rappelons le, est repris au PRAS en zone d’intérêt culturel, historique, esthétique ou d’embellissement (ZICHEE).
Ces mesures palliatives aux incidences sur la ZSC Natura 2000 et en faveur de l’environnement se présentent comme un emplâtre sur une jambe de bois et servent surtout à présenter le projet sous un jour favorable. Mais ne nous leurrons pas, le promoteur le précise dans son dossier de présentation : « Le patrimoine naturel : un fantastique outil promotionnel. Il faut se réjouir que ces patrimoines naturels soient devenus des arguments de vente » Car la finalité du promoteur est évidemment commerciale, c’est pourquoi le nombre de logements restent quasi inchangé par rapport au premier projet, rentabilité oblige !
Encore faut-il que cette nature, qui devient un « argument promotionnel de vente », puisse garder sa fonction de sauvegarde de la biodiversité et de liaison vivante dans le maillage écologique octroyée par le statut de ZSC Natura 2000.
Pour être sûr que ces mesures soient suffisantes il conviendrait avant tout de procéder à une étude d’évaluation appropriée des incidences de l’ensemble des projets prévus sur le Plateau Engeland, sur les zones de conservation du Plateau Engeland et des zones spéciales de conservation en connexion ( Bois de Verrewinkel, Kinsendael-Kriekenput).
Pour rappel un autre projet de lotissement de 298 logements est en cours d’élaboration sur la partie du Plateau Engeland comprise entre le chemin de fer, le chemin du Puits et la rue Engeland, et un projet de 22 maisons existe pour le terrain occupé par le petit bois des Pâturins qui longe l’avenue Dolez.
Cette étude d’impact est prévue par la directive Habitats 92/43 CE, transposée par l’arrêté du 26 octobre 2000 du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, relatif à la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages, celui-ci précise en son article 5 : « Tout plan ou projet non directement lié ou nécessaire à la gestion d’une ZSC et susceptible d’affecter cette ZSC de manière significative, individuellement ou en conjugaison avec d’autres plans et projets, fait l’objet d’une évaluation appropriée de ses incidences sur la ZSC eu égard aux objectifs de conservation de cette zone. »
On ne peut comparer le rapport d’incidences réalisé par le promoteur, accompagné des mesures environnementales palliatives ou même l’étude d’incidences réalisée pour l’autre projet Engeland, mais effectuée dans l’objectif commercial du promoteur, à une évaluation appropriée scientifique et objective dans le but de la conservation des « Zones Spéciales de Conservation » dans un état favorable aux espèces qui y vivent et selon la méthodologie prévue par la Commission Européenne.
De plus, les inondations récurrentes dans la vallée de Saint Job, à chaque orage important, pose le problème très important d’une étude hydrologique globale sérieuse.
A quoi sert une étude qui précise que les tuyaux auront une capacité suffisante d’écoulement sur le Plateau si on n’étudie pas en profondeur les conséquences sur les conduites d’évacuation des égouts qui posent déjà un problème actuellement dans la vallée. Chaque projet présente une étude hydrologique limitée en rapport avec son terrain particulier, il manque, par conséquent, une vue d’ensemble pertinente et une étude globale qui pourrait apprécier la quantité de ruissellement et d’écoulement d’eaux usées que pourrait absorber l’égout de la vallée de Saint Job pour ne pas être saturé. Le projet du maillage bleu de remise à ciel ouvert d’une partie du Geleytsbeek et la séparation des eaux propres et des eaux usées dans l’esprit de la directive Cadre Eau pourrait remédier à certains débordements et améliorer le fonctionnement de la station d’épuration.
De même, les différents projets, par la minéralisation d’une partie du sol, vont entraîner un ruissellement accru mais aussi, un déficit de la nappe phréatique. Les mesures palliatives de retenue des eaux dans les citernes, citernes tampons, bassin d’orage ou lagunages sont présentées comme la panacée pour remédier à ces inconvénients. Mais quand aurons nous une étude sérieuse et quantifiée qui permettra de connaître de manière certaine les effets de tous ces projets sur la zone humide naturelle du Kinsendael qui est alimentée par les eaux d’infiltration et les sources provenant de tous le Plateau Engeland ?
Quand arrêterons-nous de jouer aux apprentis sorciers, quand les décideurs politiques auront-ils le courage de lancer de réelles études d’impact et de remédier à ces problèmes d’inondations avant toute urbanisation du Plateau Engeland. Il est certain que le contexte du réchauffement climatique et que la venue d’environ 1500 habitants supplémentaires ne pourront qu’aggraver ces phénomènes d’inondations.
Rappelons qu’une demande de classement du site, qui a fait l’objet d’un avis partiel favorable de la part de la Commission Royale des Monuments et sites, est toujours en attente d’initiation auprès du gouvernement régional. La carte montre le périmètre proposé au classement qui permettrait de sauvegarder une partie importante des derniers vestiges du passé rural de notre commune. Une action en référé a même été introduite pour contraindre le gouvernement à initier la demande de classement.
Thérèse Verteneuil pour le Comité Plateau Engeland/Puits.
