HISTORIQUE DU PLATEAU ENGELAND


Le plateau Engeland a fait couler pas mal d’encre dans les récents quotidiens. Remontons quelque peu le temps pour connaître le passé de ceux qui habitaient jadis sur ces terres convoitées aujourd’hui par les promoteurs immobiliers.



Où se trouve le Plateau Engeland ?
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Longeant la ligne n°26, le Chemin du Puits en 1979.
Sur la droite un Plateau Engeland encore déboisé.
Photo: A. JOUKOFF.
Uccle est née du sein même de la forêt, de l’antique forêt charbonnière qui couvrait la Gaule. Au XVeme siècle, celle-ci approchait encore les rives de la Senne.
Sous l’ancien régime, le territoire d’Uccle est constitué du village ducal d’Uccle, des seigneuries de Carloo et de Stalle et d’une partie de la forêt ducale de Soignes. Sur la carte d’Everaert de 1750 (1), nous situons ces différentes zones et remarquons que le plateau Engeland fait partie de la Seigneurie de Carloo. Le site est encore tout à fait boisé et la forêt ducale de Soignes forme une excroissance sur la carte qui vient s’intercaler dans le territoire ucclois . Cette limite épouse plus ou moins le vallon du Kinsenbeek qui longe le cimetière de Verrewinkel au nord du plateau Engeland. La carte de Ferraris de 1770 (2) reproduit également cette limite de la forêt de Soignes. Les bornes de la forêt de Soignes ont une importance particulière pour Uccle puisqu’ elles constituent une limite juridictionnelle et fiscale entre le domaine de Carloo et le domaine ducal.
En 1794, le régime français va transformer radicalement nos institutions. L’organisation administrative et judiciaire va s’appuyer sur les principes révolutionnaires de la souveraineté du peuple, la liberté et l’égalité des citoyens.
En dépit de leurs droits féodaux les deux seigneuries de Carloo et de Stalle cessent d’exister pour former une entité communale avec le village d’Uccle. La nouvelle administration repose sur le système électoral et est confiée à un corps municipal et à un maire. C’est le système qui est encore en place actuellement.

La forêt de Soignes est devenue domaine de l’état et le plan de Demortier de 1812 (3) n’englobe encore aucune partie de la forêt de Soignes dans le territoire communal. La situation va changer en 1822 lorsqu’ en vue de son défrichement, la forêt devint la propriété de la Sté Générale des Pays Bas. Cette société se voit dotée par Guillaume 1er de biens domaniaux pour constituer son capital.
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Le Plateau Engeland en 1983. Photo: A. JOUKOFF.

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Près du pont, chemin d'accès du Plateau, en 1983.
Photo: A. JOUKOFF
Moyennant le paiement au roi de 500.000 florins par an, la Sté Générale acquiert la libre disposition de la forêt. Celle-ci qui contenait 10.000 ha en 1822 , n’en comptait plus que 4386 ha vingt ans plus tard. Les terres avaient été vendues et converties en terre agricole. Sur le plan de Vandermalen (1830-1837) (4), la forêt est incorporée à la commune d’Uccle qui s’agrandit de tout le territoire situé à l’ouest de la chée de Waterloo et sis entre le vert chasseur et la petite Espinette.

Au début du XIX me siècle, le défrichement s’intensifie, les habitations qui au début se groupaient dans les vallées autour du manoir vont s’étendre le long des voies de communication et donner naissance à des hameaux. Sur le plateau, entre le vallon du Geleytsbeek et du Linkebeek se trouve le hameau du Engeland. Ce mot viendrait de engel (moyen néerlandais) signifiant prairie.
Presque tous les bois qui bordaient le chemin vers Verrewinkel (rue Engeland) ont été dérodés entre 1810 et 1837, une vingtaine de fermettes furent construites. Quant au hameau de Verrewinkel ( verre = loin, winkel = coin), il est encore entouré des bois de la forêt de Soignes dont on retrouve la trace au bois de Verrewinkel.
La construction de la chaussée de Saint Job est entreprise entre 1850 et 1867, en 1867 on commence à paver la rue Engeland. Entre 1870 et 1914, la population d’Uccle s’accroît fortement , les habitants des faubourgs de Bruxelles-ville viennent se fixer à Uccle. En 1872 fut construite l’avenue Dolez, pour désenclaver le hameau de Verrewinkel fort mal relié au centre de la commune.
De 1925 à 1929 fut construite la ligne de chemin de fer Halle Schaerbeek qui coupe le territoire de la commune d’est en ouest et isolera la partie sud d’Uccle par cette frontière.
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Le haut du Chemin du Puits (non bâti), en 1984.
Photo: A. JOUKOFF.
La rue Engeland est alors coupée et depuis son tracé a subi une déviation pour passer sous le pont du chemin de fer , la rue décrit ainsi une boucle pour remonter par une pente assez raide et rejoindre son alignement. Il en va de même pour le chemin du Puits qui est aussi coupé par le chemin de fer et forme une boucle pour passer sous le pont.

Au XIX me siècle , Uccle était un village de petites exploitations agricoles. La plupart des fermes importantes continuent à être exploitées( Ferme St Eloi, Hof te Homborch..) Le sud de la vallée du Geleytsbeek constitue une zone agricole jusqu’au XXme siècle. Les très petites exploitations sont nombreuses et on en trouve encore la trace rue Engeland où il restait encore deux petites exploitations de quelques vaches dans la première moitié de ce siècle. Sur le plateau les cultures de céréales et de pommes de terre côtoient les pâturages. Des vergers sont implantés sur les coteaux exposés ainsi que des potagers. Les vergers sont plantés notamment du cerisier de Schaerbeek qui servait à la confection de la Kriek, une bière bien bruxelloise. Les habitants récoltaient les cerises et les vendaient aux brasseurs locaux. C’est pourquoi dans les environs on retrouve la cerise dans le patronyme de Kriekenput, rue des bigarreaux, square des Merises, qui font référence à ce temps où les pentes des coteaux au printemps s’illuminaient de la blancheur des cerisiers en fleur.