Demande de permis lotir rue Engeland-Chemin du Puits (n° 476) et angle de l'avenue Dolez et de la rue Engeland (n° 475).

Avis de l'Association de comités de quartier ucclois (ACQU).



L'A.C.Q.U a toujours pris fait et cause pour que le Plateau Engeland soit préservé. Dans le plan de Secteur paru en 1979, le Plateau Engeland bénéficiait du statut de zone de réserve foncière.
Le Projet de PRD 1 et un de ses plans parus en 1995 reconnaissent les valeurs écologiques et paysagères du site dans sa magnifique carte du maillage écologique, particulièrement éloquente pour la partie sud de notre commune, car totalement à l'image de sa richesse naturelle et de sa géographie exceptionnelle. Donc, au total, une représentation réussie.
Un problème, dit juridique, va malheureusement dénaturer cette belle construction, en tout cas en ce qui concerne le plateau Engeland. L'affaire mérite d'être signalée même si légalement nous ne pouvons plus changer les choses, du moins pour l'instant.

"Le PRD s'impose à tous les autres plans régionaux aussi bien les plans stratégiques tels que les PCD que les plans réglementaires d'affectation tels que PRAS et PPAS. S'ils s'avère qu'un plan existant inférieur est contraire, il doit être modifié". Ce n'est pas l'A.C.Q.U qui le dit mais la Commission Régionale de Développement chargée d'étudier tous les avis émis lors de la dernière enquête publique relative au PRD II (paru en septembre 2002).

Vous retrouverez cette citation et bien d'autres analogues dans le Moniteur du 15 octobre 2002 publiant l'arrêté du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale arrêtant le nouveau plan régional de développement, par ex. à la page 46335. Cette affirmation sur la hiérarchie des plans relève de l'Ordonnance Organique de la Planification et de l'Urbanisme. (OOPU, art. 23, alinéa 2).

Nombreux ont été les habitants à s'étonner de la chronologie ayant présidé à l'adoption du PRAS paru en juin 2001 et du 2ème PRD (paru en septembre 2002) ainsi que du non-respect de l'OOPU en conférant finalement au PRAS une importance plus grande que celle réservée au PRD. Ceci est une situation contestable que la CRD elle-même explicite clairement en la page 46522 de l'arrêté royal déjà cité dans le chapitre consacré au réseau écologique.
"La Commission relève la différence de superficie des espaces verts entre la figure 116 du projet de PRD et le PRAS (principalement pour les espaces verts à haute valeur biologique).
La Commission attire l'attention du Gouvernement sur la nécessité de revoir les critères de sélection des sites repris sur la fig. 116 (1). En effet, la comparaison de cette carte du maillage écologique avec les zones vertes de haute valeur biologique met en évidence des différences flagrantes. Il n'est pas à exclure que cette divergence accompagnée par le texte du projet "D'une façon générale, les décisions urbanistiques tiendront compte du réseau écologique pour faire des choix qui préserveront, voire amélioreront son fonctionnement" (alinéa 4, point 3.2) soit à l'origine de problèmes juridiques, par exemple en cas de refus de permis d'urbanisme motivé par la présente figure. La Commission suggère donc expressément au Gouvernement de revoir la carte du maillage écologique (MB : figure 116) pour la mettre en conformité avec le PRAS".

Et voilà comment, pour assurer ce qu'on a appelé la sécurité juridique, on s'en est pris à la carte scientifiquement établie du maillage écologique alors qu'il aurait fallu faire l'inverse : adapter le PRAS au PRD. Et voilà comment, en ce qui concerne le plateau Engeland, le PRD II est devenu conforme au PRAS.

Et voilà comment nous nous trouvons aujourd'hui avec un PRAS adapté aux exigences spéculatives de la seule personne qui a réclamé l'urbanisation du Plateau Engeland, lors de l'enquête publique du PRAS, Madame ING, feu Madame BBL, alors que de très nombreuses personnes demandaient la protection du site.
Les spécialistes reconnaissent que le projet soumis à l'enquête publique nuira gravement à la zone verte (située au nord du lotissement) qualifiée de haute valeur biologique jugée trop étroite (par ailleurs proposée aussi comme zone Natura 2000).
Il est symptomatique de voir que l'urbanisme proposé définit des gabarits de plus en plus hauts au fur et à mesure qu'on s'approche de la zone verte. On part logiquement d'un rez + 1 avec toiture au Chemin du Puits à finalement un rez + 4 + toiture en bordure de la zone verte impliquant une hauteur totale de 15 à 18m.

C'est ce qu'on appelle un urbanisme de dialogue avec la nature. Avec ce projet "visionnaire", on entre de plain-pied dans l'ère de la société durable.

Nous sommes nombreux à nous être battus pour sauver le Kinsendael-Kriekenput qui est aujourd'hui probablement la plus belle réserve naturelle humide de Bruxelles. Elle est avec ses nombreuses sources et ses ruisseaux et sa faune une perle d'une beauté exceptionnelle. Le patrimoine de la vallée du Kinsendael prolongée par le Keyenbempt et du plateau Engeland est magnifique. Les repères qui permettent l'intégration des hommes dans l'espace (réseau anthropodésique) sont nombreux et de qualité (étangs, sources, moulin, chapelle, arbres remarquables, chemins, sentiers et maisons pittoresques, cimetières, carrière, couches géologiques visibles et lisibles, châteaux, etc....).
Comment le Kinsendael qui est situé en contre-bas du plateau pourrait-il survivre à la nouvelle cohabitation prévue ? De nombreux travaux vont être entrepris dans le cadre de la réalisation du réseau d'égouttage et des immeubles. La minéralisation d'une partie importante du site aura des effets sur l'alimentation de la nappe phréatique. On a le devoir de s'interroger dès maintenant sur les conséquences de cette urbanisation sur la nappe et donc sur les sources, leur débit et la vie biologique du Kinsendael-Kriekenput.
Autre sujet préoccupant : les eaux de ruissellement. Si l'on décide de rejeter certaines eaux de pluie en aval dans le Kinsendael-Kriekenput, il faut s'assurer de leur qualité et propreté. Une pollution, dite accidentelle, peut être une véritable catastrophe pour la zone marécageuse et ses plans d'eau à épinoches. De nombreuses mesures de sécurité doivent être imaginées et imposées.
Dans un tel environnement contrasté et complexe, tout se tient.
Le rapport sur la géologie du plateau des professeurs Claeys et Préat en est un précieux témoignage supplémentaire qu'il importe de prendre en considération.
La structure géologique du sol, les pentes de terrain, les talus et ravins, les mécanismes de l'érosion, dans un contexte climatique déterminé, sont des composantes à étudier sérieusement avant d'imaginer un plan de lotissement.

Etant donné l'extraordinaire qualité des sites couplée à des projets d'avenir (tels par exemple la récupération de centaines de m3 d'eau de source qui vont toujours à l'égout dans le bassin du Geleytsbeek, la réhabilitation de la vallée du cimetière dénommée l'Eikelenbosbeek), projets mobilisateurs à haute valeur éducative, étant donné l'enjeu civilisationnel exemplaire de cette cohabitation des hommes et de la nature, l'A.C.Q.U ne comprendrait pas qu'une étude d'incidences approfondie du site Engeland depuis le chemin du Puits jusqu'à l'avenue Dolez ne soit pas réalisée préalablement à toute décision.
Il y va de l'avenir de cet important espace et de ses habitants. La valorisation de son capital écologique et de son réseau anthropodésique est un atout qui peut être intelligemment exploité par la Commune et la Région.
Ce qui importe, c'est qu'une telle vision mobilise les habitants dans le modèle culturel d'une société durable, à participation citoyenne responsable !

Je terminerai par la composante "mobilité" qui est aussi un grave sujet d'inquiétude.
Alors que notre réseau de communication connaît déjà des heures de saturation, on peut légitimement se demander de quoi demain sera fait, avec des milliers de voitures en plus ! La cancérisation de notre environnement par la voiture et son cortège de nuisances s'accélèrera ; l'ère du chaos ne sera plus loin.
Il ne faut pas être grand clerc pour savoir qu'un plan de circulation sérieux et cohérent s'impose par nécessité, ainsi que des mesures énergiques en matière de transports en commun, prévoyant notamment une halte de la ligne 26 au Lycée français.
Nous demandons à nos autorités politiques de commencer dès maintenant l'étude d'un tel plan, impliquant notamment une méthodologie et une structure de comptage permanente des véhicules automobiles.

L'A.C.Q.U attire l'attention de nos mandataires sur la "levée de boucliers" des habitants. Celle-ci ne relève pas ou peu de l'effet Nimby.

Nous vivons dans une société et un monde en voie de déshumanisation. De plus en plus nombreux sont les gens qui, faute de repères et de confiance en eux-mêmes et envers les autres, ne se nourrissent plus d'idéaux ni de rêves. Il faut inverser cette dangereuse dérive. La journée de concertation d'aujourd'hui et les futurs débats sont de nature à intensifier la qualité de l'engagement citoyen. C'est cette dynamique qui est porteuse d'espérance et de responsabilisation citoyenne.

Bien sûr que Bruxelles a besoin d'habitants mais l'afflux de nouveaux habitants ne doit pas hypothéquer les conditions de vie de ceux qui ont fait le choix de vivre à Bruxelles et à Uccle.

La problématique de la qualité de vie à Bruxelles est toujours à l'ordre du jour. Mais une chose est certaine ; Bruxelles limité à un cadre de vie de 161 km2 doit se doter d'un réseau écologique de qualité. Et cette perspective est jouable si les pouvoirs politique, économique et de la société civile "bricolent" correctement de bons partenariats.

Bernard Jouret
Président de l'A.C.Q.U.


(1) Figure 116 = carte du maillage écologique.