Natura 2000, un outil pour la biodiversité, un atout pour Bruxelles !
La récente Conférence internationale sur la biodiversité (Paris, janvier 2005) tirait la sonnette d’alarme : la moitié des espèces de mammifères et près d’un tiers des espèces de plantes, de reptiles, de poissons et d’oiseaux sont menacées d’extinction d’ici 2050. L’accroissement sans précédent de la vitesse de disparition des espèces résulte principalement de l’intensification des activités humaines qui engendrent l’éradication ou la détérioration des habitats naturels qui abritent ces espèces.
L’une des plus sérieuses menaces qui pèsent sur la biodiversité est la fragmentation des écosystèmes en parcelles de plus en plus réduites provoquant finalement la disparition des biotopes nécessaires à la survie des espèces. L’observation par satellite, lancé par l’agence européenne sous le programme CORINE Land Cover, a permis de visualiser sur 31 pays européens l’accroissement spectaculaire de cette fragmentation du paysage entre 1990 et 2000. Notre pays détient le triste record de la fragmentation la plus intensive avec le Luxembourg et ensuite l’Allemagne.
On pourrait croire que les villes ne sont pas concernées par ces projets. Mais il n’en est rien, les couronnes vertes des villes présentent une grande diversité de milieux semi-naturels imbriqués les uns dans les autres, formant une mosaïque favorable à la conservation de certaines espèces sensibles. Les populations de ces espèces et les superficies de leurs habitats sont évidemment restreintes et par conséquent fragilisées, elles méritent donc d’autant plus une attention particulière.
Malgré son taux d’urbanisation et sa densité de population élevée, la Région de Bruxelles Capitale a désigné une superficie de 2300 ha ( soit 14 % de son territoire) comme Zones Spéciales de Conservation Natura 2000.
La ZSC I, de 2040 ha, comprend la forêt de Soignes avec ses lisières, étangs et domaines boisés voisins, le plateau de la Foresterie, le bois de la Cambre ainsi que la vallée de la Woluwe. Elle assure le maintien de certains écosystèmes dont la hêtraie, de certaines espèces comme le lucane cerf-volant et de la bouvière, ainsi que de 4 espèces de chauves-souris : grand murin, vespertillon des marais, vespertillon à oreille échancrée, barbastelle.
La ZSC II, de 217 ha, est constituée de zones boisées et ouvertes situées à Uccle : le Kauwberg, la réserve régionale du Kinsendael, le Kriekenput et le domaine Herdies, le bois de Verrewinkel, le bois et la vallée du Buysdelle, le domaine de la Tour de Frein, une partie du plateau Engeland, les stations relais CIBE, le site de la chapelle Hauwaert, le parc de la Sauvagère et le parc du Papenkasteel. Cette zone est riche en espèces dont 11 espèces de chauves-souris (le grand murin et la barbastelle en espèces protégées).
La ZSC III forme un ensemble de zones boisées à flore vernale riche et de zones humides marécageuses de la vallée du Molenbeek dans le nord ouest de Bruxelles : Laerbeekbos, Poelbos, bois de Dieleghem, marais de Jette et Ganshoren, parc Roi Baudouin. C’est un complexe d’aires de nourrissage pour 12 espèces de chauves-souris dont 3 espèces de la liste « Habitat », le vespertillon des marais, le grand murin et la barbastelle.
L’élément déterminant dans la délimitation des ZSC de Bruxelles est donc la présence d’espèces rares de chauves-souris, groupe de mammifères globalement le plus menacé d’Europe. Adaptées à des conditions écologiques particulières et dernier maillon d’une chaîne alimentaire, les chauves-souris sont des insectivores extrêmement fragiles. Elles souffrent de la raréfaction de leurs ressources alimentaires, de leurs gîtes de reproduction ou d’hivernage. C’est seulement à la fin des années 60 que les naturalistes ont pris conscience de l’importance de ces mammifères, bio-indicateurs écologiques de qualité dans l’équilibre naturel. La plupart des espèces sensibles de la Région sont arboricoles, elles utilisent les cavités des arbres dont la gestion tant en forêt que dans les parcs doit être planifiée et surveillée avec attention. En outre, certains « habitats protégés » par la directive Habitat (hêtraies, chênaies pédonculées, forêts alluviales à aulnes, pelouses maigres, mégaphorbiaies (1), landes à bruyères) sont aussi présents dans la Région.
Il faut à présent assurer la conservation et la protection de ces Zones Spéciales de Conservation qui viennent d’être ratifiées le 8 décembre 2004 par la Commission Européenne. Des plans de gestion doivent être établis qui répondent aux exigences écologiques de conservation des habitats et des espèces. Les actes et activités qui pourraient détériorer les habitats ou qui seraient susceptibles de perturber de manière significative les espèces protégées sont interdits.
Cependant, une conservation efficace de la biodiversité ne pourra être obtenue par la seule mise en place du réseau Natura 2000. C’est pourquoi, l’article 12 de la directive Habitat recommande de garantir la protection stricte sur tout le territoire d’une large gamme « d’espèces d’intérêt communautaire » ainsi que de leurs aires de repos, de nourrissages et de reproduction. En outre, l’article 10 de cette même directive demande avec insistance de protéger les éléments du paysage (haies, cours d’eaux, talus de chemin de fer, etc…) qui jouent un rôle de couloirs écologiques de liaison pour la flore et la faune et constituent le maillage vert.
Le réseau Natura 2000 est un outil remarquable dans la lutte contre la perte de la biodiversité. La balle est à présent dans le camp de nos décideurs politiques. Il leur appartient de protéger et de gérer ce réseau de manière harmonieuse et durable pour maintenir l’équilibre naturel entre les espèces vivantes dont, faut-il le rappeler, nous faisons partie intégrante. Sauver la vie du plus grand nombre d’espèces vivantes c’est sauver les conditions d’existence de la vie de l’homme.
Thérèse VERTENEUIL du Comité Plateau Engeland/Puits
(1) Formation végétale à base de grandes plantes vivaces.
(2) La photo: en aval du Plateau Engeland, la réserve humide du Kinsendael,
ici visitée en compagnie du Professeur Tanghe (2004). Photo: A. HIJE.
